La Querelle
des Bouffons Chœur & Orchestre • Musique des XVIIème et XVIIIème siècles

📚 Programmes

📍 Vivaldi, les 4 Saisons

Affiche du programme Vivaldi, les 4 Saisons

Naissance et ascension d’un surdoué

Antonio Vivaldi naît à Venise le 4 mars 1678 (quelques années seulement avant tous ses célèbres contemporains : Haendel, Bach, Scarlatti, Rameau ou encore Telemann), le jour même d’un important tremblement de terre qui fit craindre pour sa santé dès les premiers instants de son existence. De fait, il souffrira toute sa vie durant d’asthme, et d’une constitution relativement frêle. Son père Giovanni Battista, exerce la profession de barbier : il est toutefois un violoniste très estimé, à tel point qu’il sera engagé en 1685 à la chapelle ducale de la basilique Saint-Marc. Dans le même temps, il cofonde le Sovvegno dei musicisti di Santa Cecilia, une corporation regroupant les musiciens de la cité ducale (dont sont membres les illustres Giovanni Legrenzi et Antonio Lotti).

Manifestement plus enthousiasmé par son travail de violoniste que par celui de barbier, Giovanni Battista est vraisemblablement le premier professeur de son fils. Celui-ci montre d’ailleurs un don exceptionnel pour le violon, et est probablement admis à la Chapelle Ducale très tôt, bénéficiant pleinement de la place importante qu’occupe son père dans la vie musicale vénitienne.

À l’âge de 10 ans, Antonio est l’aîné d’une fratrie de 6 enfants, et se destine à la prêtrise : il suit toutes les étapes de sa vocation, en parallèle à une activité musicale accrue et un prestige grandissant. En 1703, à 25 ans, il est enfin ordonné prêtre. Son père et lui-même ayant une chevelure rousse, lui vient ce surnom aujourd’hui passé à la postérité : il Prete rosso, « Le Prêtre roux ». Le dramaturge Carlo Goldoni mentionne d’ailleurs que Vivaldi était plus connu à Venise sous ce sobriquet que sous son véritable nom.

La même année, il est nommé Maître de violon au très respecté Pio Ospedale della Pietà, un établissement de charité financé par la République de Venise, et qui recueille des jeunes filles orphelines, bâtardes, ou de parents indigents. Cette institution est particulièrement réputée pour l’excellence de son éducation musicale, et les concerts qu’elle organise sont très courus dans la cité des Doges. C’est là probablement que ses premières compositions sont créées, et dès 1706, Vivaldi père et fils sont considérés comme les meilleurs musiciens de la ville.

Une gloire européenne

La même année, il renonce à ses obligations sacerdotales, sans doute en raison de son asthme, ce qui lui permet (malgré une dévotion intacte) de ne se consacrer qu’à la musique et à rien d’autre. C’est le début d’une renommée qui va vite dépasser les frontières italiennes, grâce à la rencontre de nombreuses personnalités d’importance de son temps, autant artistiques que politiques : Haendel en 1707, Scarlatti père et fils, plusieurs diplomates influents, et même le roi du Danemark, Frédéric IV, monarque féru de musique italienne.

En 1711, Vivaldi envoie un manuscrit de 12 sonates à Estienne Roger, éditeur et imprimeur franco-néerlandais vivant à Amsterdam, et dont le soin avait attiré à lui de nombreux compositeurs de renom. C’est ainsi que paraissent sous ses presses L'estro armonico (« L'invention harmonique »), qui connaît un succès retentissant dans toute l’Europe. Jean-Sébastien Bach estima tant ce 3ème opus du compositeur vénitien qu’il adapta plusieurs de ces concertos pour le clavecin. Les musicologues considèrent aujourd’hui ce cycle musical comme la naissance du concerto pour soliste moderne, où le violoniste virtuose est confronté à l’orchestre.

L’opéra

À partir de 1713, Vivaldi s’intéresse à l’opéra. L’opéra, c’est la grande affaire à Venise ! La Sérénissime République est certes en déclin politique et commercial depuis des dizaines d’années, mais c’est incontestablement son heure de gloire artistique. L’opéra, c’est aussi un parfum quelque peu sulfureux de scandale, un mélange excitant entre la bonne société des familles patriciennes et les milieux interlopes de la cité, un milieu dans lequel les impresarios sont parfois de fieffés coquins quant aux méthodes qu’ils utilisent pour gagner de l’argent. Vivaldi lui-même a, malgré sa réputation de virtuose, une tendance à l’ambigüité, un esprit fantasque, et surtout un aréopage de femmes plus ou moins recommandables qui gravitent dans son entourage. Il écrit son premier opéra en 1713, Ottone in villa. Le librettiste est un personnage des plus troubles : Domenico Lalli (pseudonyme de Nicolò Biancardi) est certes poète, mais également fugitif, recherché pour détournement de fonds !

À partir de cette date, les activités du prêtre roux sont légions : il devient lui-même impresario du teatro Sant’Angelo (un des 7 grands établissements lyriques de Venise), et y crée plusieurs opéras. Il entreprend des voyages en Italie, à Mantoue où il tient un poste de Maître de Chapelle, à Rome où il est reçu par le pape et accueilli comme un prince par les grandes familles romaines. Comme Haendel en Angleterre, Vivaldi sait se mettre sous la protection de plusieurs mécènes : il défend âprement son intérêt financier autant qu’artistique, et fait preuve d’une énergie créatrice débordante, malgré l’infirmité dont il use et abuse pour satisfaire ses caprices et son anticonformisme.

En 1726, la jeune Anna Giró, élève de la Pietà, devient la cantatrice favorite de Vivaldi. Le rôle de cette jeune fille demeure par la suite toujours ambigu : à la fois secrétaire, chanteuse, accompagnatrice, confidente, sa relation avec cet homme à la réputation déjà passablement écornée alimente toutes les rumeurs. Anna Giró chanta jusqu’en 1739 dans la plupart des opéras composés par Vivaldi. Ce dernier parvient toujours à se lier avec les personnalités les plus influentes, notamment l’empereur Charles VI, mélomane et musicien averti, qui comble Vivaldi financièrement.

Grandeur et déclin

1737 marque cependant le début du déclin : après avoir côtoyé les plus grands, Vivaldi entame la création d’un opéra sur un livret du poète Métastase, dont l’argument est jugé subversif par la censure vénitienne. Le clergé s’en mêle, et prétextant la mauvaise réputation du prêtre, l’omniprésence de sa compagne de toujours Anna Giró, et son refus de célébrer la messe, l’opéra est interdit. Qui plus est, le style vénitien, tradition un peu isolée et pleinement incarnée par la musique de Vivaldi, est peu à peu supplanté par l’opéra napolitain. Antonio Vivaldi sait qu’il est devenu un homme du passé : en 1740, il quitte Venise.

On sait peu de choses sur les derniers mois de la vie du génie vénitien. Sa destination au départ de Venise demeure inconnue : Graz (pour retrouver Anna Giró) ? Dresde ? Prague ? Vienne ? On retrouve sa trace en juin 1741, et le mystère demeure entier sur la toute fin de sa vie, qui se fit dans la précarité, voire la pauvreté. Il meurt le 27 juillet 1741, et est inhumé comme indigent. Le cimetière aujourd’hui disparu, ne demeure plus à Vienne qu’une modeste plaque commémorative de l’homme qui, célèbre dans toute l’Europe, richissime et envié de tous, termina sa vie dans la misère et l’oubli.

Les Quatre Saisons

Ce qu’on nomme aujourd’hui Le quattro stagioni, « Les Quatre Saisons », fait partie d’un recueil plus large de 12 concertos pour violon, un opus n°8 que Vivaldi baptisa Il cimento dell'armonia e dell'inventione (« La confrontation entre l'harmonie et l'invention »). Ils furent publiés en 1725 à Amsterdam (par Michel Le Cène, beau-fils d’Estienne Roger et repreneur de l’entreprise familiale), et firent l’objet de nombreuses interprétations sur les scènes les plus prestigieuses d’Europe.

Chaque saison se décompose en trois mouvements (rapide, lent, rapide), et est accompagnée de sonnets que l’on attribue généralement à Vivaldi lui-même. Il s‘agit d’un des premiers exemples de ce que les musicologues nomment la « musique à programme » : ces concertos d’une virtuosité légendaire figurent musicalement le texte poétique, en faisant appel à des imitations (un chien aboyant, le tonnerre, les oiseaux qui chantent…) ou en décrivant subjectivement la musique par le texte (le chevrier endormi, danse et chant des villageois, le sirocco, la glace…).

Tombée dans l’oubli à la mort de Vivaldi, l’œuvre est redécouverte au début du XXème siècle, et est devenu depuis un monument de la musique savante occidentale : enregistrées et jouées à d’innombrables reprises, ces Quatre Saisons font figure d’hymne intemporel à la Nature, à la fois par la simplicité de leur écriture et la virtuosité de leur exécution.

Soliste :

Concerts :