La Querelle
des Bouffons Chœur & Orchestre • Musique baroque

📚 Programmes

📍 Mozart, la dernière confidence

Affiche du programme Mozart, la dernière confidence

Mozart et la clarinette

En 1777, Mozart a 21 ans : après une enfance faite de voyages et de concerts dans toute l'Europe, il n'est désormais plus un enfant prodige, mais un homme déjà fort connu. Bien qu'encore jeune, il a à son actif un catalogue impressionnant : une bonne trentaine de symphonies, des heures de musique de chambre, des concertos, des sonates, une quinzaine de messes, des oratorios, et bien plus encore ! L'année précédente, il s'était émancipé de la pesante tutelle de son père, avait quitté son poste de musicien à Salzburg, et s'était mis en quête de commandes en voyageant à travers l'Europe. Après avoir visité quelques villes allemandes, il parvient à Mannheim et s'y installe quelques temps : il se lie d'amitié avec nombre de musiciens de la ville, et joue pour le prince électeur et la princesse, qui font l'éloge de son talent d'interprète.

Plusieurs événements importants se jouent pour le jeune prodige dans cette ville proche de la frontière française. Affectifs, tout d'abord, car c'est à Mannheim que Mozart rencontre les sœurs Weber. Constance tout d'abord, qui n'a que 15 ans, et Aloysia, soprano de grand talent, dont il tombe éperdument amoureux. Cette idylle est cependant un échec total : non seulement la jeune femme ne semble pas éprouver les mêmes sentiments pour Mozart, mais le père de celui-ci entre dans une colère noire lorsque son fils s'ouvre à lui de ses transports. Il le presse de penser à sa carrière et d'oublier ces frivolités, la situation de son fils étant proche de la ruine : peu de commandes, pas de poste fixe, aucune rentrée d'argent. Mozart quittera Mannheim pour Paris l'année suivante, mais retrouvera Constance qu'il épousera 5 ans plus tard.

C'est un autre événement plus joyeux qui marque la vie du jeune Mozart à Mannheim : il y découvre la clarinette ! Cet instrument de facture récente, descendant du chalumeau, vient d'être intégré à l'orchestre de la ville dans les instruments à vents. C'est manifestement une révélation, et Mozart écrit à son père toute la fascination qu'a suscitée chez lui le timbre boisé de cet instrument, qui avait déjà, dans sa version antique, intrigué des compositeurs comme Telemann, Zelenka ou Bach.

Anton Stadler
Anton Stadler

À la fin de l'année 1781, après de nombreux voyages et revirements de situations (Paris, Salzbourg, Munich), Mozart s'installe à Vienne, sans employeur fixe. Il y fait la rencontre d'Anton Stadler, clarinettiste virtuose, avec lequel il s'entend fort bien, devenant même son compagnon de loge maçonnique. Il compose une Sérénade (sextuor à vent, aujourd'hui numéroté K.375), dans laquelle il inclut la clarinette, et qui fera dire aux critiques de l'époque combien cet instrument possède une sonorité proche de la voix humaine. Dès lors, la clarinette devient pour lui un symbole de la fraternité qui l'unit à son ami Anton Stadler.

Notons que, si Mozart tenait cet homme en grande estime, sa femme Constance n'aura de cesse de mépriser Stadler corps et biens : ce dernier (surnommé "Face de groseille" par son camarade !) a en effet la fâcheuse habitude d'entraîner Wolfgang dans d'interminables beuveries et de fort coûteuses parties de jeu. Des inclinations dont ce dernier souffrira toute sa vie durant, se montrant d'une manière générale fort immature avec tout ce qui a trait à l'argent notamment.

Quoiqu'il en soit, c'est bien cette solide amitié, éclairée par une franc-maçonnerie adepte des Lumières, qui incite Mozart à composer son Quintette pour clarinette et cordes en 1789, qu'il dédie son ami : l'œuvre est créée à Vienne, avec Stadler à la clarinette et Mozart lui-même au violon alto.

Le Concerto pour clarinette est quant à lui composé en 1791, dans les toutes dernières semaines de la vie de Mozart, et toujours dédié à Stadler. Ruiné, de santé fragile, il a déjà entamé son fameux Requiem, et vient de terminer en seulement 3 semaines son opéra, La Clémence de Titus. C'est toutefois à la clarinette que vont les dernières lueurs du génie fatigué : ce Concerto en la majeur est le dernier des 43 concertos écrits par Mozart, le seul et unique pour clarinette. L'on aime à croire que ce merveilleux instrument fut un compagnon réconfortant pour l'ultime voyage du génie autrichien.

La clarinette de basset

Clarinette de basset
Clarinette de basset

L'instrument pour lequel furent écrits les deux œuvres précitées était en réalité une invention d'Anton Stadler : la clarinette de basset. Allongé, affublé d'une sorte de bocal en son extrémité et doté de clefs supplémentaires, cet instrument était capable de descendre plus bas que les autres clarinettes, se rapprochant tout particulièrement de l'ambitus du violon alto.

Mais à vrai dire, cette clarinette ne connut pas de grand succès : elle ne fut fabriquée qu'en bien peu d'exemplaires dans les années qui suivirent, et fut remplacée par la clarinette en la (registre équivalent mais moins grand ambitus), ou le cor de basset (légèrement plus grave que la clarinette de basset).

De nos jours, ces pièces de Mozart sont le plus souvent jouées sur des clarinettes en la, respectant ainsi le timbre chaleureux de l'instrument originel, mais avec quelques légères modifications du texte, dues aux notes manquantes sur les clarinettes modernes.

Solistes :

  • Clarinette solo en la : Briac Lardeux
  • Quatuor En Aparté