La Querelle
des Bouffons Chœur & Orchestre • Musique baroque

📚 Programmes

📍 Bohemian Baroque, Jan Dismas Zelenka

Affiche du programme Bohemian Baroque, Jan Dismas Zelenka

La vie de Jan Dismas Zelenka est assez méconnue : aucun portrait de lui ne nous est d'ailleurs parvenu. Né non loin de Prague en 1679, il grandit au sein d'une famille dans laquelle la musique était très présente, et reçoit vraisemblablement une première éducation musicale auprès de son père, organiste de l'église de sa ville. Il est ensuite élève du collège jésuite de Prague, le Clementinum, période à laquelle on retrouve les premières mentions d'une activité de compositeur : c'est une période d'intense activité, rythmée par les nombreuses célébrations catholiques qui forgent chez lui une piété profonde. Vers 1709, il est hébergé par le baron von Hartig, fin connaisseur et instrumentiste virtuose, et mécène du jeune Zelenka. Vers 1710, il est musicien auprès du roi de Pologne et prince électeur de Saxe Auguste II, puis, dès 1711, il suit ce dernier à la cour de Dresde. C'est là qu'il se fixe jusqu'à la fin de sa vie, à l'exception de quelques années à Prague ou à Vienne, notamment entre 1715 et 1719 où il parfait son art auprès de grands maîtres tels que Johann Fux à Vienne, et peut-être Antonio Lotti à Venise, bien que ce dernier point ne soit pas attesté.

Auguste II est un personnage haut en couleur : fin connaisseur des arts en général et de la musique en particulier, il est en outre surnommé "le fort", et aime casser des fers à cheval à mains nues pour montrer sa force à qui le souhaite. Prince catholique dans une Saxe luthérienne, il trouve en Zelenka un compositeur pieu et fervent pour animer la vie religieuse de la cour (le Kapellmeister de la cour, Johann David Heinichen, est de santé fragile, et Zelenka le remplace avantageusement). En 1733, Auguste III (pour la petite histoire, il sera le grand-père de 3 rois de France : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X) succède à son père et conserve Zelenka à son service, jusqu'à la mort de celui-ci en 1745. Au cours de ces années d'intense production liturgique, Zelenka eut l'occasion de croiser certains de ses illustres contemporains, notamment GP Telemann et JS Bach, qui tenaient Zelenka en grande estime.

Si l'œuvre de Bach est admirée pour sa puissante maîtrise, emprunte d'une sérénité profonde, celle de Zelenka est toute aussi admirable, mais sur un versant passionné et fougueux. Coutumier des contrepoints retors, des sujets de fugue alambiqués et pleins de chromatismes, Zelenka nous livre une musique audacieuse, inventive et complexe, dont la virtuosité est un élément important. Si la musique sacrée demeure au cœur de son catalogue (messes, oratorios, hymnes, psaumes, requiems, etc.), il a également œuvré dans le domaine profane (trios et quatuors, symphonies, ouvertures, etc.).

Symphonie à 8 concertants

Cette pièce fut composée par Zelenka en 1723, alors qu'il séjournait à Prague. Durant cette période féconde, il fréquenta plusieurs musiciens illustres venus de toute l'Europe : le vénitien Antonio Lotti, son vieux maître Johann Fux, ou encore le flûtiste virtuose et compositeur français Pierre-Gabriel Buffardin. C'est là qu'il écrivit plusieurs pièces instrumentales fameuses, dont certaines accompagnèrent l'empereur Charles VI de Habsbourg (lui-même excellent musicien). On lui doit également de nombreuses pages pour hautbois (instrument très prisé à la cour de Dresde), et même l'introduction parfois du chalumeau, ancêtre de la clarinette, qui intriguera à leur tour plus tard Telemann ou Bach.

  • Violon solo : Anne Ledru
  • Flûte solo : Marion Gloaguen

Missa Omnium Sanctorum

Cette "Messe de tous les saints" fut écrite en 1741, à la fin de la vie de Zelenka, faisant ainsi partie de ce que les musicologues appellent les "5 messes tardives" du compositeur (ZWV 17 à 21). Son orchestration est moins dense, moins grandiose que d'autres messes composées auparavant (pas de trompette, pas de timbales…), ce qui met en valeur la richesse et la subtilité du matériau musical. Pour autant, on y retrouve le goût de Zelenka pour les fugues pleines de virtuosité, les chromatismes et l'audace harmonique qui le caractérisent si bien. Alternant avec maîtrise les interventions des solistes avec des chœurs puissants, Zelenka nous livre ici une pièce presque testamentaire qui figure au rang de ses œuvres les plus inspirées.

  • Soprano solo : Nathalie Fabre