📍 André Campra - Requiem

André Campra (1660-1744)
Né à Aix-en-Provence en 1660, André Campra est un musicien provençal, mais cependant bien français de goût, de culture et d'éducation : proche de l'Italie, Aix la méridionale est soucieuse de donner des gages de fidélité à la couronne, et est décrite comme « la ville la plus baroque de France » selon des chroniqueurs ultérieurs.
Campra, brillant enfant de la maîtrise de la cathédrale Saint-Sauveur, reçoit l'enseignement du Maître de Chapelle Guillaume Poitevin, musicien et pédagogue très renommé. Si la recherche musicologique actuelle en sait encore peu sur ce mystérieux personnage qu'est Poitevin, l'on sait toutefois qu'il fut le professeur de nombreux grands noms de la musique française, tels que Jean Gilles, François Estienne ou Esprit-Antoine Blanchard. C'est à travers cette éminente figure qu'une véritable « école d'Aix » produisit une importante cohorte de musiciens provençaux, qui se distinguèrent à Paris ou dans les grandes cités du royaume. Ainsi, entre 1683 et 1694, Campra — désormais clerc tonsuré — occupe le poste de Maître de Chapelle à Toulon, Arles, puis Toulouse, où il écrit des messes, des petits et grands motets. Mais l'homme est partagé entre sa vie de musicien d'Église et son goût pour le théâtre, qui ne fait pas bon ménage avec la sobriété et le recueillement qu'imposent ses charges ecclésiastiques. Sa hiérarchie l'oblige ainsi plusieurs fois à soumettre son travail avant exécution, tant son caractère indépendant froisse les autorités religieuses des chapelles dans lesquelles il travaille.
En 1690, la France est engagée dans la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Campra, alors Maître de Musique à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, est réquisitionné pour rejoindre Toulon et servir à bord d'un vaisseau du roi en qualité de mousquetaire (formulation curieuse pour un musicien d'Église, mais attestée dans les archives). Soutenu par l'archevêque de Toulouse, qui veut conserver « son » musicien, il refuse de s'enrôler ; l'officier recruteur prétend alors que Campra aurait lui-même voulu s'enrôler afin d'échapper aux conséquences d'une affaire de mœurs (il aurait séduit ou compromis une jeune fille, et cherché à fuir la colère de sa famille). Après un séjour en prison, l'affaire finit par s'éteindre ; l'accusation, diffamatoire, traîne cependant derrière Campra et lui conserve une réputation de forte tête, d'homme indiscipliné, voire dépravé.
En 1694, il s'installe à Paris, où il est nommé Maître de Chapelle à Notre-Dame, en étant dispensé de concours d'entrée (preuve de sa réputation déjà bien établie !). Son goût pour le théâtre le rattrape toutefois bien vite, car Campra écrit des opéras qu'il publie sous le nom de son frère cadet Joseph afin d'éviter les problèmes : L'Europe galante (1697, le tout premier opéra-ballet de l'Histoire, 10 ans après Armide de Lully), Vénus, Festes Galantes (1698) ou encore Le Carnaval de Venise (1699). Mais le stratagème est éventé, et le scandale impose au sulfureux Maître de Chapelle de démissionner de sa charge en 1700.
Dans les années qui suivent, Campra s'impose à l'Académie Royale de Musique comme l'un des plus grands noms de l'opéra français, en composant de nombreuses œuvres lyriques : des tragédies-lyriques en 5 actes et un prologue dans la plus grande tradition lulliste, mais aussi des opéras-ballets, dont les scènes mondaines, les danses, l'exotisme et la galanterie ont un succès phénoménal. À partir de 1715, le Régent Philippe d'Orléans le favorise, et le prestige théâtral de Campra se change en une reconnaissance institutionnelle complète : il reçoit une généreuse pension.
En 1723, vieillissant, il revient à la musique sacrée en tant que sous maître de Chapelle Royale (avec l'appui du Régent), où il succède en partie à l'indéboulonnable Michel Richard De Lalande, qui y officie depuis 40 ans. Il garde cependant une certaine autonomie en travaillant pour les Jésuites, pour des chapelles princières, ou en publiant chez le fameux éditeur Ballard.
La fin de Campra contraste avec l'éclat de sa carrière : après avoir été l'un des grands hommes de l'Opéra et de la Chapelle royale, il meurt à Versailles en 1744, âgé et malade, dans une situation matérielle modeste. Son testament le montre pauvre et relativement isolé, léguant ses quelques bien à ses deux domestiques. Aujourd'hui considéré comme le trait d'union entre Lully et Rameau, Campra sut s'inscrire dans la continuité de la grande tradition française et gallicane aux côtés de compositeurs comme Desmarest, Couperin, Marais ou Lalande, tout en innovant dans la forme et en intégrant les valeurs européennes de son temps. Il ne resta jamais enfermé dans une supposée pureté stylistique et formelle, et fut en 1733 le premier à reconnaître l'immense génie de Rameau en entendant son Hippolyte et Aricie. Il prit alors position pour ce dernier dans la Querelle des Lullystes et des Ramistes, qui préfigurait déjà la fameuse Querelle des Bouffons de 1752, signe d'un homme qui, malgré son âge et sa carrière déjà passée, regardait toujours vers l'avenir !
Le Ballet des Âges
Comment jouer Campra sans faire ne serait-ce qu'un minuscule détour par son œuvre lyrique ? C'est en ne sachant pas répondre à cette question que les Bouffons ont décidé de vous proposer un court extrait des Âges, une comédie-ballet écrite en 1718, retraçant de façon galante l'amour ingénu de la jeunesse, l'amour coquet de l'âge viril, et l'amour enjoué de la vieillesse.
Requiem
Composé vers 1722, ce Requiem d'André Campra est imprégné du lyrisme de ses œuvres théâtrales : agréments subtils, lignes vocales claires, harmonie savante, contrepoint maîtrisé, figuralisme puissant de la musique par rapport au texte, figures rhétoriques... Campra use pour écrire cette messe des morts de toute l'élégance de son art, tous les artifices de ce « bon goût » si cher aux français. Il nous offre ainsi une œuvre lumineuse emprunte de simplicité et d'humilité, appelant, après une vision humaniste de la vie, à une mort apaisée qui élève l'âme vers un bonheur céleste.
Concerts :
- VEN 15 JAN 2027 : Thouaré s/ Loire, 21h
- SAM 16 JAN 2027 : À déterminer (Temple Protestant)
- DIM 17 JAN 2027 : À déterminer, 16h (St Julien de Concelles)